Grimper pour grandir
En 2025, Collectif Educ’ ouvre deux nouveaux lieux de vie en Occitanie. Une extension qui s’inscrit dans un contexte où les situations prises en charge en protection de l’enfance se complexifient et nécessitent des réponses plus ajustées et personnalisées.
Les jeunes accompagnés présentent souvent des parcours marqués par des ruptures et une instabilité des repères. Dans ce contexte, l’accès à une pratique sportive régulière et encadrée reste inégal.
Collectif Educ’ s’appuie sur le sport comme support d’accompagnement éducatif et social auprès des jeunes confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance. C’est aussi un moyen de faire découvrir de nouvelles disciplines et de rendre la pratique accessible à tous.

L’escalade, un projet engagé depuis janvier 2026
Le projet escalade, porté et mené par l’éducateur sportif du Collectif Educ’ Gilles Vergne, illustre concrètement ce travail.
Sur les séances, certains jeunes s’engagent davantage, d’autres dépassent des blocages rencontrés lors des premières sorties, d’autres encore gagnent en autonomie dans les techniques d’assurage.
La pratique confronte immédiatement à la réalité : hauteur, effort, fatigue. Elle impose de ralentir, de réfléchir, d’appliquer une consigne. Elle engage aussi une relation de confiance entre celui qui grimpe et celui qui assure.
Les séances se déroulent en petits groupes, avec une présence éducative ajustée. Elles permettent de travailler la gestion des émotions, l’engagement dans l’effort et la capacité à aller au bout d’une tâche.
Les retours de terrain montrent des évolutions concrètes. Certains jeunes reviennent sur une voie qu’ils n’avaient pas réussie et parviennent à la terminer. D’autres progressent dans l’assurage et gagnent en autonomie.
À Sainte-Anastasie, les équipes observent un engagement sérieux dans l’activité et une bonne maîtrise des consignes de sécurité.
Les difficultés restent présentes, notamment dans les temps de transition ou en dehors de l’activité. Elles sont intégrées dans le travail éducatif.
Pourquoi l’escalade ?
L’escalade présente des caractéristiques particulièrement adaptées à ce travail.
La hauteur confronte immédiatement à une émotion forte, dans un cadre sécurisé.
Chaque mouvement demande de ralentir, d’observer et d’anticiper.
La relation éducative est directe : celui qui grimpe avance, l’adulte assure.
L’activité devient un espace d’apprentissage du risque encadré.

Parole de terrain – Gilles Vergne

En fonction du profil du jeune, j’adapte la séance afin qu’elle ait du sens au regard de ses besoins.
Dans un premier temps, je mets en place un cadre très sécurisé afin que chacun puisse se sentir en confiance avec moi. Pour cela, je ne les oblige pas à aller tout en haut d’une voie d’escalade : je les laisse décider eux-mêmes de la hauteur à atteindre. À partir de là, j’essaie de les motiver à atteindre l’objectif que chaque enfant s’est fixé.
Ensuite, je définis de mon côté des objectifs en fonction de leurs capacités. Pour certains, il s’agira simplement de grimper ; pour d’autres, d’assurer leur partenaire ; ou encore, pour les plus à l’aise, de grimper en tête afin de poser la corde.
Pendant la séance, je veille à conserver une notion de plaisir et de partage, dans le but de créer une relation efficace et durable avec les enfants. Je respecte leur rythme : lorsqu’ils ont besoin de se reposer, je leur propose de se mettre sur le côté et de reprendre lorsque l’envie leur revient.

Construire des repères par l’action
L’engagement dans une activité, l’acceptation du cadre ou le maintien dans l’effort restent fragiles chez une partie des jeunes accompagnés, confrontés à des vulnérabilités multiples et parfois sans aucun accès préalable à la pratique sportive.
Dans ce contexte, les apports théoriques montrent rapidement leurs limites.
Le travail s’appuie sur des situations vécues. Ce qui compte, c’est la manière dont le jeune agit : s’engager, réagir face à un échec, appliquer une consigne, rester dans l’action.
Chaque séance devient un espace d’observation précis. Les comportements sont repérés, repris, ajustés.
L’intervention éducative s’appuie sur ces situations : proposer un nouvel essai, adapter les conditions, accompagner sans se substituer.
Le sport devient un support pour travailler des compétences directement mobilisables ailleurs : persévérance, gestion de la frustration, adaptation, respect des règles, coopération.

Apprendre à distinguer risque subi et risque encadré
Certains jeunes ont été exposés à des situations de danger non maîtrisées durant leur parcours de vie. Leur rapport au risque s’en trouve modifié.
Le travail consiste à reconstruire des repères : faire la différence entre un danger subi et une prise de risque encadrée.
Dans l’activité, rien n’est laissé au hasard. Le matériel est vérifié, les consignes sont explicites, l’encadrement est constant.
La difficulté est présente, mais elle est contenue. Le jeune peut s’y confronter sans mise en danger.
Parole de terrain – Gilles Vergne

Une situation où l’escalade a permis un déclic chez un jeune :
Sur le groupe d’enfants accueillis sur l’un de nos LVA, nous avons X, un adolescent qui passe la plupart du temps sur les écrans et qui refusait toujours de participer aux sorties d’escalade ou de spéléologie.
Nous avons insisté pour qu’il participe au moins une fois à une sortie d’escalade afin qu’il puisse nous dire réellement s’il aime ou non.
X, qui est plutôt un jeune remettant en cause l’autorité de l’adulte, nous a montré ce jour-là un autre visage : il était dans la collaboration, a exprimé du plaisir et s’est montré content que nous ayons insisté pour lui faire essayer l’activité.
J’ai vu X faire preuve d’entraide avec ses partenaires, être à l’écoute des consignes de sécurité et s’investir tout au long de la journée. Il a demandé à revenir aux séances que je propose.
« Je te protège, tu me protèges »
L’éducateur n’intervient pas pour faciliter systématiquement la progression. Il laisse le jeune chercher, se repositionner, tenter.
Son intervention porte d’abord sur la sécurité : matériel, assurage, consignes.
Le reste se joue dans l’observation. Une hésitation, une fatigue, un placement inadapté. L’éducateur intervient de manière ciblée, au bon moment.
Parfois, il laisse faire. Parfois, il relance. Parfois, il arrête.
Le jeune reste engagé. Il ajuste, se trompe, recommence. Il comprend progressivement ce qui lui permet d’avancer.
C’est dans cette expérience directe que la confiance se construit.

Une approche qui s’inscrit dans la durée
Ce travail ne produit pas d’effets immédiats. Il s’inscrit dans la régularité et l’accumulation des expériences.
L’escalade n’est qu’un support parmi d’autres.
Mais elle donne à voir ce qui structure l’accompagnement proposé par Collectif Educ : mettre le jeune en situation, maintenir un cadre clair et travailler à partir de ce qui se passe dans l’action.
Ici, rien n’est spectaculaire, mais les évolutions existent. Elles se construisent dans le temps.
Le sport comme levier éducatif
Les séjours proposés sont à visée thérapeutique. Boxe, randonnée, natation, spéléologie, judo, football… autant de supports mobilisés pour travailler les problématiques individuelles, la vie collective et les interactions au sein du groupe.
Ici, le sport ne vient pas en complément.
Il sert de point d’appui.
